Article paru dans le dernier numéro de Multicoques Magazine:

Que celui qui n’en n’a jamais rĂŞvĂ© nous jette la première pierre… Quitter ce quotidien, certes rassurant, mais tellement prĂ©visible, pour s’en aller de l’autre cĂ´tĂ© de la mer, voir si le « bleu-lagon » est une vraie couleur, dĂ©couvrir les merveilleuses Ă®les bordĂ©es de cocotiers et pouvoir, enfin, profiter de sa famille, voir grandir ses enfants… Vivre, naviguer, sans autre contrainte que celles que nous nous fixons. Une annĂ©e sabbatique en bateau, c’est possible, et voici comment faire…
Depuis près de trente ans que Multicoques Mag existe, nombre de nos lecteurs ont passĂ© le pas. Ils sont partis, et sont revenus. Souvent, les journalistes du magazine ont Ă©tĂ© les confidents de ces « aventuriers », quand ils n’ont pas, eux-mĂŞmes, bouclĂ© la boucle sur leur bateau. Notre photothèque regorge de leurs souvenirs immortalisĂ©s dans les plus beaux endroits du monde. De
ces milliers d’expĂ©riences, vĂ©cues toujours diffĂ©remment selon les uns et les autres, nous pouvons tirer une conclusion : partir pour une annĂ©e sabbatique (au moins), ça vaut vraiment le coup…
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UN PROGRAMME – UNE DURÉE – UNE ZONE GÉOGRAPHIQUE
Mais si le jeu en vaut la chandelle, il n’en faut pas moins prĂ©parer au mieux cette vĂ©ritable aventure que vous avez envie de vivre. N’oublions pas que quitter son cocon confortable pour vivre sur un bateau (mĂŞme s’il s’agit d’un catamaran) n’est pas anodin. Et l’angoisse prĂ©cĂ©dant le dĂ©part est tout Ă fait normale. Parmi les grandes questions d’avant dĂ©part, revient tout le temps celle de la sĂ©curitĂ©. En gĂ©nĂ©ral, ses propres angoisses sont en plus relayĂ©es par les grands-parents et les amis, pour qui, le bateau, c’est dangereux. S’il ne faut pas se voiler la face – les accidents peuvent arriver–, force est de reconnaĂ®tre qu’ils sont très rares sur un classique tour de l’Atlantique. Et puis il y a les pirates, la maladie loin de tout mĂ©decin. Et toujours la sempiternelle question du retour. Comment cela se passera-t-il ? Pourrons-nous nous rĂ©intĂ©grer dans la sociĂ©tĂ© après avoir passĂ© une annĂ©e en autarcie sur notre bateau ? Et les enfants…, etc. ! Et puis un jour, l’envie devient plus forte que ces questions sans cesse rĂ©pĂ©tĂ©es. Il y a ceux qui se lancent et ceux qui restent. Ceux qui osent et ceux pour qui le rĂŞve ne deviendra jamais rĂ©alitĂ©. De l’avis de tous ceux qui sont partis, c’est bien lĂ le plus difficile, prendre la dĂ©cision. La suite n’est forcĂ©ment que du bonheur !
Lorsque la dĂ©cision de partir est prise, le plus dur est fait… Il ne reste plus qu’Ă organiser votre voyage. Avant tout, il convient de dĂ©finir la durĂ©e du voyage et la destination. CongĂ© sabbatique (Ă dĂ©finir avec votre employeur), dĂ©mission, retraite, vente d’une affaire : il existe de nombreux cas de figure, et il faut dĂ©jĂ trouver celui qui vous convient le mieux. Le cas le plus frĂ©quent est celui de l’annĂ©e sabbatique. On part un an, souvent de juillet Ă juillet. Si vous partez d’Europe, le plus classique est alors le tour de l’Atlantique pour aller passer l’hiver aux Antilles, avant de revenir. Une boucle atlantique qui permet de vivre deux transats et de passer six mois Ă dĂ©couvrir la mer CaraĂŻbe. Mais nombreux sont ceux qui choisissent de passer leur annĂ©e au soleil et partent et restent en CaraĂŻbes ou en PolynĂ©sie. Un choix qui permet d’Ă©viter les longues navigations hauturières toujours angoissantes pour la famille et de profiter Ă fond de son annĂ©e… au soleil !
LOUER OU ACHETER ?
Ça y est ? Vous partez ? C’est bien, mais comment choisir le bateau qu’il vous faut ? Pour un voyage devant durer plusieurs annĂ©es, la question ne se pose pas. Il vous faudra acheter le bateau de vos rĂŞves. Mais pour une annĂ©e sabbatique, la question de la location se pose forcĂ©ment.
Le principe est on ne peut plus simple : moyennant une somme dĂ©finie Ă l’avance avec un loueur, vous avez la jouissance d’un catamaran pendant la durĂ©e dĂ©finie…
En gros, vous arrivez au port du Marin le 1er juillet prochain, vous prenez possession de votre 40 pieds (par exemple) parfaitement Ă©quipĂ©, complètement rĂ©visĂ© et prĂŞt Ă partir. Il ne vous reste qu’à installer vos affaires, faire un bon avitaillement et partir visiter les petites Antilles jusqu’au 1er juillet de l’annĂ©e suivante (ou 15 aoĂ»t ou 1er septembre…). Pendant cette annĂ©e, le loueur vous demandera de vous situer rĂ©gulièrement, Ă©ventuellement de ne pas aller sur certaines zones qu’il qualifie de risquĂ©es, et d’avoir quelques rendez-vous prĂ©vus Ă l’avance pour entretenir le bateau. Pour le reste, et sous rĂ©serve d’une utilisation “en bon père de famille”, libre Ă vous de vivre votre annĂ©e sabbatique comme bon vous semble. Le jour dit, il ne vous restera qu’à rendre les clefs du cata au loueur, faire un dĂ©briefing complet et un contrĂ´le du bateau pour rĂ©cupĂ©rer votre caution et repartir, l’esprit plein de belles images, et surtout sans angoisse de devoir revendre votre bien, vers votre vie de terrien !
ET COMBIEN ÇA COÛTE ?
Le montant dĂ©pend bien Ă©videmment du type de bateau, du temps de la location, de votre point de dĂ©part et d’arrivĂ©e. Pour une annĂ©e, comptez sur un ticket d’entrĂ©e autour de 45 000 euros pour un catamaran de 40 pieds, plus une caution, encaissĂ©e et qui sera restituĂ©e après l’état des lieux de fin de location, d’environ six Ă 10 000 euros selon les loueurs. En tout Ă©tat de cause, la location est une solution Ă©conomiquement viable, si l’on considère que, dans le cas d’un achat / revente, votre capital sera immobilisĂ© au moins deux ans Ă deux ans et demi (vous achèterez votre bateau au moins 6 mois avant votre dĂ©part, pour le revendre en moyenne dans l’annĂ©e suivant votre retour). Il faudra en plus rajouter l’assurance, la place de port, l’entretien, la prĂ©paration, les inĂ©vitable rĂ©parations et les frais d’achat et de revente…
ON PEUT ENVISAGER UNE ANNÉE SABBATIQUE POUR UNE SOMME ALLANT DE 30 À 60 000 EUROS…CHICHE ?
A noter l’intĂ©ressante solution proposĂ©e par Kiriacoulis, système qui est Ă cheval entre l’achat et la location. Le principe est de mettre un bateau en gestion location chez le loueur. Le système est connu : vous achetez un bateau qui est donnĂ© en gestion au loueur qui l’exploite et vous verse un revenu. L’intĂ©rĂŞt est de payer son bateau moins cher qu’un neuf et d’en profiter sur l’une des bases du loueur jusqu’Ă 10 semaines par an sur une durĂ©e maximum de sept ans. L’idĂ©e de Kiriacoulis est de vous permettre de profiter de ces semaines en une seule fois pour partir en annĂ©e sabbatique et de ne rentabiliser le bateau que sur les annĂ©es suivantes. Concrètement, voici comment ça se passe : vous donnez 55 % du prix d’un bateau tout Ă©quipĂ© + 7 %, soit 62 %. Le loueur s’engage alors Ă payer les 38 % restants et vous livre un bateau neuf sur l’une de ses bases. Vous partez pour votre annĂ©e sabbatique sur votre bateau neuf que vous ramenez, au bout d’un an, sur l’une des bases, aux Antilles, en Grèce, en France… Kiriacoulis prend alors le bateau en charge et commence son exploitation pour rentabiliser les 38 % qu’il aura financĂ©s un an plus tĂ´t. Ayant utilisĂ© tous vos droits de navigation sur votre bateau en une seule fois, vous ne pourrez plus en profiter. Mais le loueur a imaginĂ© que vous risquiez d’ĂŞtre alors en manque de nav et il vous proposera tout de mĂŞme la possibilitĂ© d’utiliser un bateau Ă©quivalent dans la flotte lorsqu’il y en aura un  de libre, en last minute (de 8 Ă 16 jours avant la date souhaitĂ©e) ou une remise de l’ordre de 40 % sur les tarifs de location classique. Le loueur s’engage par ailleurs Ă vous rembourser les 7 % que vous avez versĂ©s en plus des 55 % initiaux (cette somme doit en effet lui permettre  d’assumer le crĂ©dit de la première annĂ©e sur la part qui lui incombe, sans avoir eu de revenus de location)… A l’issue de votre voyage, vous pouvez dĂ©cider de laisser le bateau en gestion ou choisir de le mettre en vente immĂ©diatement pour retrouver la plus grande partie de votre capital… Il existe plusieurs variantes, notamment avec leasing, mais le fonctionnement gĂ©nĂ©ral est le mĂŞme. L’avantage du système est de naviguer un an sur un bateau neuf pour une somme très raisonnable…
UNE VRAIE BELLE AVENTURE, FAITE DE NAVIGATIONS, DE MOUILLAGES SAUVAGES, DE RENCONTRES UNIQUES…
Une solution Ă Ă©tudier ! Si vous ne trouvez pas de bateau Ă louer, soit parce que ceux qui sont proposĂ©s ne vous plaisent pas, soit parce qu’ils sont tous dĂ©jĂ louĂ©s (l’offre est en effet très limitĂ©e), vous devrez en passer par la case « achat ». Et lĂ , l’offre est plĂ©thorique. Neuf ou d’occasion, grande sĂ©rie ou cata construit Ă l’unitĂ©, en CP, sandwich ou alu, plus ou moins rapide, acceptant une charge plus ou moins importante, il y en a pour tous les goĂ»ts et pour toutes les bourses (de 50 000 Ă 3 millions d’euros !). C’est donc avant tout une question de choix personnels. Aujourd’hui, la majoritĂ© des candidats Ă l’annĂ©e sabbatique optent pour un catamaran de grande sĂ©rie, plus ou moins Ă©quipĂ© « grande croisière ». On en trouve facilement sur le marchĂ©, et la revente, après son voyage, est plus facile, si tant est que le bateau est en bon Ă©tat et le prix demandĂ© cohĂ©rent. C’est cette partie de la prĂ©paration qui demandera le plus de travail, car le bateau choisi deviendra, pour le temps de la croisière, la maison de la famille. Il doit donc rĂ©pondre aux envies et aux besoins de la famille : nombre de cabines suffisant, capable d’emmener la charge nĂ©cessaire, mais aussi rĂ©pondant aux compĂ©tences nautiques de l’Ă©quipage. Rien de pire que de devoir se traĂ®ner sur un bateau lourd, si vous et votre famille ĂŞtes des fanas de rĂ©gates en cata de sport. Tandis qu’Ă l’inverse, devoir sans cesse manoeuvrer, rĂ©gler les dĂ©rives et jouer avec les bras de spi peut rapidement lasser un Ă©quipage familial… Le choix dĂ©pendra donc en grande partie de votre Ă©quipage et de votre programme. Il faudra le dĂ©finir avec attention pour ne pas se tromper et gâcher votre rĂŞve !
LA PRÉPARATION : C’EST DÉJĂ€ LE VOYAGE
On y est presque : vous avez choisi votre date de dĂ©part, la durĂ©e de votre voyage ainsi que la destination. Vous avez posĂ© votre dĂ©volu sur le bateau de vos rĂŞves, alors il n’y plus qu’à … prĂ©parer le tout pour que tout s’organise bien ! Avant de se lancer, il convient de se dĂ©faire de ses attaches terrestres. A quoi bon garder la (ou les) voitures dans un garage pendant un an. Et hop, en vente ! Et la maison ? Si vous avez besoin de financer votre bateau et votre voyage, vous n’aurez d’autre choix que de la vendre, ainsi que tous les meubles qu’elle contient. A votre retour, il faudra alors rapidement revendre le bateau pour pouvoir Ă nouveau se loger… Sinon, la solution de la location meublĂ©e est la plus intĂ©ressante. Encore faut-il trouver la perle rare qui prendra soin des plantes et de la maison tout en vous versant un loyer qui vous permettra de profiter de la vie aux Antilles. Cela nĂ©cessite mĂ©thode, discernement et surtout du temps ! Vous partez un an ? C’est bien, mais Ă terre la vie ne va pas s’arrĂŞter pour autant. Il faudra donc trouver quelqu’un pour s’occuper du quotidien, des impĂ´ts aux factures en passant par les relations avec la banque ou le shipchandler pour obtenir la pièce indispensable Ă la poursuite de votre vie rĂŞvĂ©e. De l’avis des lecteurs du magazine, ce rĂ´le de « secrĂ©taire particulier » convient parfaitement aux grands-parents, Ă moins d’avoir dans sa fratrie un volontaire habitant Ă quelques kilomètres ou un super copain que vous pourrez toujours remercier en l’invitant Ă venir passer quelques jours Ă bord… Puisqu’on parle de prĂ©paration, n’oublions pas le cĂ´tĂ© sĂ©curitĂ©. Un stage de premier secours est le minimum Ă suivre, tout comme il faut apporter un soin particulier Ă la crĂ©ation d’une pharmacie du bord complète. Et si votre parcours vous emmène vers des coins reculĂ©s, il faut ĂŞtre capable de rĂ©parer ce qui peut tomber en panne et gâcher votre croisière : un stage de mĂ©canique diesel est alors apprĂ©ciable…
ET FINALEMENT,COMBIEN ÇA COÛTE ?
Entre l’achat, la prĂ©paration et la revente d’un cata et tous les frais annexes associĂ©s ou la location d’un navire, il faut compter entre 30 et 50 000 pour une annĂ©e pour un bateau entre 40 et 45 pieds. Certains dĂ©penseront beaucoup moins en ayant trouvĂ© une belle occasion revendue au prix achetĂ©, d’autres beaucoup plus avec un bateau neuf surĂ©quipĂ©… Pour le reste, cela dĂ©pend bien sĂ»r de la manière dont on aime et on veut vivre. Quelques lecteurs nous ont racontĂ© avoir vĂ©cu un an en famille sur leur bateau avec un budget mensuel ne dĂ©passant pas les 1000 euros pour quatre personnes… Il est plus raisonnable de tabler sur 1500 Ă 2500 euros pour pouvoir se faire quelques restaurants et louer une voiture pour visiter certaines des Ă®les les plus sympas. Chacun vit selon ses moyens et ses envies, mais sur l’eau, on dĂ©pense toujours beaucoup moins qu’Ă terre…
Concrètement, une annĂ©e sabbatique peut coĂ»ter entre 30 et 60 000 euros… Le prix d’une grosse berline pour profiter d’un an de vacances avec ses enfants !
LE RETOUR
Les meilleures choses ont toujours une fin, et c’est aussi bien sĂ»r le cas de votre annĂ©e sabbatique. Il faudra bien rentrer et reprendre une vie « normale ». Reprendre le travail pour certains, recommencer le mĂ©tro-boulot-dodo, après avoir vĂ©cu une vie pleine et entière avec sa famille, n’est pas toujours facile. LĂ encore, les enfants montrent une capacitĂ© d’adaptation incroyable. En quelques jours, ils redeviennent terriens et retrouvent leurs habitudes avec gourmandise. Pour les adultes, c’est parfois plus difficile et plus long. Certains n’hĂ©sitent pas Ă Ă©crire un livre (« Histoire de Partir » – famille Nieutin ou « Un temps pour un rĂŞve – Geoffroy de Bouillane) ou des films (« La Jolie Boucle ») pour continuer l’aventure, et « redescendre » plus doucement. En tout cas, tous reconnaissent avoir tirĂ© un enseignement très positif de leur aventure. Et surtout avoir la sensation d’avoir vĂ©cu pleinement leur vie, et de garder, au fond du coeur, une foule de souvenirs pour le reste de leur vie. Ils l’ont fait ! Maintenant, c’est Ă votre tour…
CONCLUSION
Nous vous parlions, au dĂ©but de cet article, des nombreux lecteurs de Multicoques Mag qui ont passĂ© le pas… Après avoir gĂ©rĂ© leur retour, tous sont unanimes, mĂŞme ceux qui ont vĂ©cu de grosses galères : cette parenthèse dans leur vie aura Ă©tĂ© EXTRAORDINAIRE. Un moment privilĂ©giĂ© de sĂ©rĂ©nitĂ©, une sensation de vivre pleinement sa vie, et surtout, surtout, un plus qui leur aura, pour la plupart, permis d’entamer une nouvelle vie beaucoup plus pleine et plus riche que celle qu’ils avaient avant de partir.
Allez, un peu de courage et jetez-vous à l’eau !